Paper Abstract: En avril 1955, la conférence de Bandung décrite par Léopold Sédar Senghor comme une gigantesque “levée d’écrou”, réunit les représentants de vingt-neuf pays d’Afrique et d’Asie et contribue à l'accélération du processus de décolonisation en donnant une voix à une partie de l’humanité qui n’avait jusque-là pas droit au chapitre. Le terme de “tiers monde” est utilisé pour rappeler qu'un "tiers" (troisième) monde existe: un groupe de pays qui ne peuvent se positionner dans la dichotomique des deux blocs de la guerre froide, s’inscrivant comme non-aligné. En 1956, l’écrivain afro-américain Richard Wright appelait à la coopération culturelle entre l'Asie et l'Afrique.
L'esprit de Bandung, fondé sur cette solidarité afro-asiatique, a laissé une empreinte profonde dans le paysage culturel et artistique du Sénégal. En plaçant l’anti-impérialisme au cœur de son projet, Bandung a encouragé des collaborations Sud-Sud et une pensée panafricaine qui résonne aujourd’hui dans les expressions culturelles de l'art contemporain. Dakar, ville créative et engagée, incarne cette continuité: les artistes y explorent des thèmes d’identité, de mémoire postcoloniale et de solidarité globale, réactivant ainsi l’idéologie de Bandung.
À travers des plateformes comme la Biennale de Dakar et les initiatives telles que RAW Material Company, institution dakaroise notamment membre du réseau Arts Collaboratory, les artistes sénégalais et africains tissent des liens au-delà des frontières, inspirés par une esthétique d’interconnexion culturelle. Ce dialogue politiquement conscient résonne comme une réappropriation des idéaux de Bandung, où l’art devient un espace de rencontre, redéfinissant l’influence culturelle de Dakar dans le Sud Global.